La surveillance des fissures : un impératif de sécurité pour les gradins
En France, plusieurs équipements sportifs ont dû être partiellement ou temporairement fermés ces dernières années en raison de problèmes de sécurité structurelle. La présence de fissures sur les gradins ou tribunes en a souvent été la cause principale – par exemple, la découverte de fissures dans une tribune du stade Galin à Bordeaux a conduit en 2015 à sa fermeture provisoire en attendant des travaux de rénovation.
Certes, un effondrement total de tribune reste un événement exceptionnel, mais il ne peut être totalement exclu, en particulier dans le cas de structures anciennes ou fortement sollicitées. Dans ce contexte, la surveillance régulière des fissures apparaît comme un enjeu crucial de maintenance préventive et de gestion responsable du patrimoine bâti.
Identifier les causes de la fissuration en gradins
La fissuration des gradins de stade peut avoir de multiples origines. Que la tribune soit construite en béton, en bois ou en métal, elle subit divers types de contraintes susceptibles d’engendrer des fissures :
- Sollicitations dynamiques répétées dues aux mouvements et sauts du public lors des événements ;
- Variations de température provoquant des dilatations différentielles des matériaux ;
- Infiltrations d’eau et cycles gel-dégel sur les parties exposées aux intempéries ;
- Affaissements ou tassements du sol sous les fondations de la structure ;
- Vieillissement et corrosion des matériaux porteurs au fil du temps.
Ces phénomènes peuvent provoquer l’apparition de fissures sur les gradins, typiquement au niveau des contremarches, des paliers, des joints de dilatation ou des zones de reprise du béton.
Souvent, ces fissures révèlent des désordres structurels plus profonds (par exemple : diminution de la capacité portante d’un élément, efforts de cisaillement excessifs ou désaffleurements entre éléments).
Sans surveillance appropriée, de tels désordres risquent de s’aggraver au fil du temps et, dans le pire des cas, de compromettre la stabilité de la structure. La mise en place d’un suivi régulier des fissures permet justement de vérifier la stabilité de l’ouvrage et de planifier à temps les interventions de maintenance ou de renforcement nécessaires.
Surveillance structurelle : un enjeu de responsabilité
D’après la réglementation en vigueur pour les établissements recevant du public (ERP) – notamment la norme NF EN 13200-1 qui fixe les critères de disposition et de sécurité des tribunes –, les exploitants d’infrastructures sportives sont pleinement responsables de la sécurité des spectateurs. Cela implique de maintenir une connaissance à jour de l’état structurel des gradins et de documenter le suivi de tout désordre, même mineur, pouvant affecter la solidité de l’ouvrage.
En l’absence de suivi et de traçabilité des contrôles, un gestionnaire s’expose à des sanctions en cas d’incident. À l’inverse, la mise en place d’une surveillance régulière des fissures constitue une mesure préventive essentielle, conforme aux bonnes pratiques professionnelles et aux exigences réglementaires. C’est un choix de gestion responsable visant à prévenir tout risque, même infime, d’effondrement ou d’accident structurel.
Recommandations aux gestionnaires d’équipements sportifs
Pour assurer la conformité réglementaire et la sécurité du public, il est conseillé d’adopter une démarche structurée de surveillance des tribunes. Les principales étapes recommandées sont les suivantes.
Réaliser un diagnostic initial
Avant de mettre en place un quelconque dispositif de suivi, il convient de procéder à un examen technique complet de la structure. Ce diagnostic initial, généralement confié à un bureau d’études spécialisé, a pour objet d’évaluer précisément l’état de la structure, à repérer les désordres visibles (fissures, décollements, corrosion, déformations), et à formuler des hypothèses sur leurs origines.
Concrètement, les équipes d’inspection se rendent sur site afin d’observer directement les ouvrages concernés. Dès cette phase visuelle, plusieurs éléments permettent de poser un premier niveau de diagnostic :
Forme et orientation des fissures (verticales, horizontales, obliques) ;
Localisation des désordres dans l’ouvrage (contremarches, appuis, zones en surplomb) ;
Mode de fissuration (ouverte, en escalier, ramifiée, fine ou active) ;
Chronologie d’apparition si elle est connue, souvent grâce aux échanges avec l’exploitant ou à l’analyse de documents antérieurs.
Ces premiers constats orientent ensuite les investigations complémentaires. À ce stade, des essais non destructifs sont souvent engagés afin de caractériser plus finement les pathologies :
La mesure de l’ouverture et de la profondeur des fissures ;
La détection des aciers superficiels par pachomètre ;
L’identification d’armatures profondes via radar de structure ;
L’auscultation sonique pour estimer la profondeur de fissuration du béton.
Le diagnostic initial permet donc d’objectiver les désordres, d’évaluer leur gravité, et de prioriser les zones à instrumenter. Il constitue la base technique de toute stratégie de surveillance structurelle à court et moyen terme.
Instrumenter les fissures identifiées par des jauges adaptées
À l’issue du diagnostic initial, certaines fissures peuvent nécessiter une surveillance instrumentée, en particulier si leur évolution est incertaine ou si elles concernent des zones structurelles sensibles.
L’installation de jauges de mesure adaptées permet alors de suivre leur comportement dans le temps, en mesurant précisément les variations d’ouverture, de cisaillement ou de déplacement entre les éléments fissurés. Ce suivi est essentiel pour distinguer une fissure stabilisée d’un désordre évolutif pouvant nécessiter une intervention.
En intégrant ces données dans une démarche structurée de maintenance, le suivi instrumenté contribue à anticiper les risques structurels et à éviter qu’une dégradation localisée ne compromette la sécurité globale de l’ouvrage.
Surveiller en continu les zones structurelles critiques
Certaines zones d’un gradin sont plus exposées que d’autres aux sollicitations extrêmes : par exemple les jonctions entre modules de gradins, les porte-à-faux, ou encore les parties constamment soumises aux intempéries. Si elles ne sont pas surveillées, ces zones sensibles pourraient, à terme, être à l’origine d’une défaillance structurelle majeure (allant jusqu’à l’effondrement partiel d’une tribune).
Il est donc recommandé d’y poser des capteurs de mesure, idéalement des capteurs connectés capables de transmettre des données à intervalles réguliers pour détecter rapidement toute évolution anormale.
Centraliser les mesures dans une interface sécurisée
Pour garantir la cohérence du suivi et la fiabilité des données, il est judicieux de regrouper l’ensemble des mesures enregistrées sur une plateforme numérique dédiée. Une telle interface centralisée permet de visualiser les tendances d’évolution des fissures, de paramétrer des seuils d’alerte automatique, et de générer des rapports exploitables. Elle offre en outre un archivage sécurisé des historiques de mesures, assurant la traçabilité requise sur le long terme.
Réévaluer périodiquement le plan de surveillance
Les conditions d’utilisation d’un stade et l’état de sa structure évoluent avec le temps. Il est donc essentiel de réviser périodiquement le dispositif de surveillance en fonction des résultats observés et des éventuels travaux effectués sur l’ouvrage.
Cette amélioration continue permet d’anticiper les besoins de maintenance et de gérer de manière proactive les risques structurels – évitant qu’une simple fissure, si elle réapparaît ou s’aggrave, ne conduise à terme à un problème beaucoup plus grave.
Solutions Saugnac pour le suivi de fissures
Face à ces enjeux de sécurité structurelle des infrastructures sportives, la société Saugnac Jauges propose une gamme complète d’instruments de mesure spécialement conçus pour la surveillance des fissures. Ces solutions techniques s’intègrent dans une démarche de maintenance préventive tout en satisfaisant aux exigences réglementaires applicables aux ERP.
Le diagnostic initial
La première phase de surveillance consiste à évaluer précisément l’ouverture et la gravité des fissures présentes. Le fissuromètre « augmenté » Saugnac est un instrument portable qui permet de quantifier instantanément la largeur d’une fissure, avec une précision de l’ordre de 0,1 mm.
Cet outil facilite grandement le diagnostic initial en fournissant une mesure rapide et fiable, aidant à classer les fissures selon leur importance. L’analyse obtenue dès cette étape permet de cibler les zones qui nécessitent une surveillance prioritaire et de choisir le type de capteur le plus adapté à chaque fissure pour la suite du suivi.
L’installation de jauges sur les fissures repérées
Une fois les fissures identifiées et caractérisées, la gamme de jauges G1 de Saugnac offre une solution de surveillance adaptée à chaque configuration :
- Jauge G1 standard : conçue pour résister aux intempéries, elle convient parfaitement aux ouvrages exposés.
- Jauge G1.1 : pour un suivi précis au 1/10ème de mm des fissures situées dans les espaces couverts.
- Jauge G1.2 transparente : discrète, elle s’adapte aux zones à forte visibilité.
Pour les structures nécessitant une surveillance simple et précise, la jauge G1+ permet une lecture digitale au 1/20ème de mm.
Pour les désaffleurements fréquemment observés au niveau des contremarches et paliers, la jauge G3 mesure avec précision l’évolution des décalages verticaux et horizontaux, signalant tout mouvement de structure.
Le suivi grâce à une jauge amovible
Le fissuromètre amovible E1 repose sur un système de pose breveté sur platines fixes garantissant la répétabilité de la mesure. Il permet de mesurer l’écartement, le cisaillement et, sous condition, le désaffleur avec un accessoire spécifique.
Les platines en PA12 sont adaptés à une fixation en extérieur. Ce matériau résiste à l’ensoleillement, à l’humidité et aux variations thermiques.
La surveillance connectée continue
Le fissuromètre connecté R1 transmet automatiquement les données via une plateforme numérique, avec une autonomie de plusieurs années grâce à sa batterie longue durée. Il est adapté aux gradins peu accessibles ou devant faire l’objet d’un suivi rapproché.
L’inclinomètre connecté R5 mesure l’évolution de l’inclinaison sur deux axes, ce qui permet de détecter toute déviation structurelle progressive.
Ces instruments sont compatibles avec l’application Saugnac.app, qui centralise les relevés, facilite la consultation à distance, la génération de rapports et l’historique des données. Cette interface numérique assure la traçabilité documentaire exigée par les normes ERP et facilite la prise de décision en cas d’évolution préoccupante.